Avenir commun

Zohran Mamdani à New York, le parti D66 aux Pays-Bas, Bally Bagayoko à la mairie de Saint-Denis… Les exemples s'accumulent de victoires électorales remportées par des programmes plaçant en leur cœur des revendications fortes pour le droit au logement.


- Julie Graux

A l’heure de clôturer ce numéro, un rendez-vous est fixé à 14h30 sur le parvis de l’église Royale Sainte-Marie, à Schaerbeek. Son objet ? Un rassemblement pour le droit au logement. Ou plus précisément, cette fois-ci, contre la vente annoncée par le gouvernement régional d’une partie du patrimoine de logements sociaux bruxellois. Une décision injustifiable pour les acteur·rices qui luttent pour un accès au logement abordable dans la capitale.

Les temps sont certes au régime budgétaire drastique. Mais ces ventes, si elles se réalisent, sont évidemment emblématiques. Comment se séparer de ces logements sociaux alors même qu’il en manque tant ? Que leur nombre est à des années-lumière des besoins ? Près de 60 000 ménages bruxellois et 50 000 wallons sont en attente.

Pour ces familles comme pour vous et nous, vivre sous un toit est pourtant un droit. Un droit fondamental toujours plus mis à mal, depuis des décennies. A tel point que les classes moyennes sont désormais également touchées. Ce qui semblait réservé aux plus démuni·es – des recherches sans fin pour trouver un appartement ou une maison adaptée et abordable ; un reste à vivre minuscule et indécent après avoir payé son logement ; un chez-soi pas tout à fait en bon état, voire insalubre – est parfois aujourd’hui aussi le lot des classes intermédiaires. Ces difficultés qui s’étendent seront-elles (enfin) l’occasion d’un sursaut collectif ? D’une réelle solidarité et de revendications communes ?

Zohran Mamdani à New York, le parti D66 aux Pays-Bas, Bally Bagayoko à la mairie de Saint-Denis… Les exemples s’accumulent de victoires électorales remportées par des programmes plaçant en leur cœur des revendications fortes pour le droit au logement. Une leçon à tirer ? Se battre pour un habitat accessible de qualité, c’est se battre pour le concret des gens, pour un endroit où vivre, évoluer et vieillir en sécurité. A en croire ces exemples à l’étranger, c’est aussi potentiellement défaire les discours de l’extrême droite, en répondant à une préoccupation décisive de nos concitoyen·nes. Avoir un toit à sa mesure, c’est essentiel pour se poser, se former, faire famille, songer à l’avenir et prendre soin des autres.

Paradoxalement, c’est chez nous, là où nous nous sentons en sécurité, que débute le vivre ensemble.
Fours en été, émettrices de gaz à effet de serre en hiver, nos habitations sont aussi au centre de la question climatique. Mieux les concevoir, les rénover, les isoler, les équiper : c’est l’un des immenses défis qui nous attendent dans les années à venir. Et si nous ne voulons voir cette transformation essentielle du bâti se muer en catastrophe sociale, il est plus que jamais temps d’articuler des solutions qui répondent à la fois à cette « crise » exponentielle du logement et à l’urgence climatique.

A en croire les personnes rencontrées lors de la fabrication de ce numéro, il est encore possible de « faire rimer qualité de vie et protection de l’environnement ». En fléchant les aides, en socialisant des biens, en accompagnant les rénovations, en gardant la maîtrise publique sur le foncier. En reconnaissant et en développant des coopératives immobilières ou d’habitant·es. Ou encore en partageant mieux notre espace, en cessant de nous étaler toujours plus loin, en luttant contre les bâtiments vides… Des solutions sont déjà testées aux quatre coins des territoires. « Rien n’est à inventer, mais tout est à faire », comme aime à le rappeler Sylvain Grisot, urbaniste et auteur du Manifeste pour un urbanisme circulaire.

Reste donc « à faire », rapidement si possible mais surtout correctement, en anticipant autant que faire se peut les aléas de demain. Pour l’instant, clairement, nous n’en prenons pas le chemin. De tous côtés, les restrictions budgétaires pénalisent des chercheur·euses, des chargé·es de projet, ou d’autres encore engagé·es sur les questions d’habitat. Menaces de licenciements au sein de l’IGEAT (Institut de gestion de l’environnement et d’aménagement du territoire de l’ULB), chômage technique pendant l’été du côté de Canopea, sérieuses incertitudes chez Inter-Environnement Bruxelles, crainte des associations œuvrant pour l’insertion par le logement (AIPL) dans la capitale…

La suspension des primes à la rénovation à Bruxelles, la mise en place d’un régime transitoire en Wallonie font également craindre le pire : des maisons et appartements soit non isolés et invivables, soit isolés mais hors de prix.

Y voir clair, construire des plaidoyers, accompagner locataires et propriétaires vers un habitat de qualité et abordable, aider les moins nantis à financer des améliorations, tous les maillons de la chaîne sont importants si nous voulons faire mieux demain qu’aujourd’hui. — Sarah Freres et Laure de Hesselle,
co-rédactrices en cheffe

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