Un monde humanitaire sous haute tension

Dans les différents conflits armés qui frappent le monde, les acteurs humanitaires sont constamment exposés à des situations dangereuses (violences, enlèvements...) et, de plus en plus, à la violation du droit international. Créée par le Belge Olivier Vandecasteele, la plateforme Protect Humanitarians entend renforcer le soutien psychologique, matériel et légal à ces travailleurs et travailleuses de première ligne.


Début décembre, 178 travailleurs et travailleuses humanitaires avaient déjà été tué.es en territoire palestinien occupé en 2024. Crédit : Caritas

Une fois de plus, la mort est venue d’une frappe aérienne. Le Palestinien Hasan Suboh et trente-huit autres personnes ont été tuées dans la nuit du 24 octobre 2024. Son gilet floqué du logo de Médecins sans Frontières (MSF) a été retrouvé en lambeaux sous les décombres d’une maison à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza. Agé de 41 ans, il avait rejoint l’organisation humanitaire en tant qu’ouvrier qualifié en avril 2019. Il avait une femme et sept enfants.

Mi-novembre, Hasan Suboh figurait parmi les dernières victimes enregistrées dans la base de données qui recense les violences impliquant des humanitaires. Avec 282 personnes tuées, l’année 2024 est désormais la plus meurtrière jamais enregistrée par le secteur. Un record aussi accablant que redouté, puisque les chiffres de 2023 étaient déjà inédits : 595 travailleur.euses ciblé.es par des actes de violence, dont 280 tué.es dans 33 pays différents. Plus de la moitié de ces décès sont survenus à Gaza, où l’intervention humanitaire est plus empêchée que jamais. En octobre dernier, Médecins du Monde publiait un rapport pour documenter et dénoncer un an d’attaques contre ses employé.es en territoires palestiniens occupés. Il y est, entre autres, question de « bombardements des zones humanitaires », de « déplacements forcés de la quasi-entièreté du personnel », de « locaux envahis et endommagés par les forces israéliennes », d’un « soldat qui ouvre le feu sur un véhicule banalisé » et de « collègues blessé.es et décédé.es ». En un an, seuls quatre camions de l’organisation ont pu outrepasser le siège que Yoav Gallant, puis son successeur Israël Katz, ministres de la Défense israéliens, imposent à la bande de Gaza. Dans ce contexte critique, toutes les organisations tentent de maintenir le contact avec leurs collègues à l’intérieur de l’enclave palestinienne. « Au moins un coup de fil chaque matin pour essayer de savoir si tout le monde est vivant », témoigne Sébastien Dechamps, coordinateur humanitaire pour Caritas International. « Mais il arrive que le personnel disparaisse durant plusieurs jours parce qu’il doit se mettre à l’abri. Il n’est évidemment plus question d’horaire ou d’équivalent temps plein à Gaza. C’est déjà remarquable si les personnes parviennent à rejoindre leur poste de travail deux fois par semaine. »

Au-delà du Proche-Orient, la violence a de nouveau explosé au Soudan et Sud-Soudan. Depuis de nombreuses années, les guerres civiles et conflits intercommunautaires y rendent les interventions particulièrement périlleuses. Et il faudrait certainement aussi parler de Haïti, de la Syrie, de l’Ukraine, du Congo, du Rwanda, pour démontrer que le monde échoue aujourd’hui à protéger le personnel humanitaire. Qui, face à un tel bilan, peut légitimement se demander s’il est toujours le bienvenu sur les zones de crise et de conflit. « Peut-être…, souffle Sébastien Dechamps. Peut-être que certains nous ciblent pour passer un signal, pour nous indiquer que notre travail dérange. Mais la plupart des travailleur.euses visé.es habitent sur place. Personne ne peut leur dire qu’elles et ils ne sont pas les bienvenu.es ou de rentrer chez eux. Ils sont chez eux. »

« Les employé•es payé•es et envoyé•es par une grosse organisation – si possible occidentale et suffisamment riche – sont toujours mieux protégé•es »
— Sébastien Dechamps, coordinateur humanitaire pour Caritas

Sur les terrains, ce sont majoritairement des locaux qui se mobilisent. Pour exemple, sur les 69 000 personnes qui ont collaboré avec MSF dans le monde en 2023, près de 90 % étaient recrutés localement. Les proportions sont similaires dans les autres organismes contactés. D’où l’urgence de briser le mythe du sauveur expatrié qui percole encore en Occident. « Bien que quelques-un.es la cultivent encore, la figure héroïque de l’humanitaire étranger a disparu au sein de la profession », partage Jean-François Corty, président de Médecins du Monde. « Aujourd’hui, il est admis qu’on a tous et toutes le droit d’avoir peur sur certaines missions. Que ce sont les équipes et les associations locales qui sauvent des vies avant les travailleur.euses expatrié.es. Et que celles et ceux-ci peuvent, malgré eux, être vecteur de certaines idées colonialistes. Mais ces réflexions peinent encore à trouver écho dans les médias et à s’imposer dans le reste de la société. »

Outre les équipes nationales et internationales des plus grands groupes, le champ humanitaire comprend également un tas de citoyen.nes qui se mobilisent dans l’urgence, parce que des bombes tombent sur leurs quartiers, par exemple. « Depuis le début de l’invasion de mon pays, neuf mille nouvelles organisations ont vu le jour en Ukraine », partage Mila Leonova, directrice de l’ONG CSO, une alliance de seize organisations de la société civile ukrainienne. « Derrière ces structures, ce sont des enseignant.es, des médecins généralistes, des travailleur.euses du secteur privé et des administrations… Ce sont de nouveaux humanitaires qui – comme pour répondre à l’ennemi – ont décidé de rester au pays et de se soutenir les un.es les autres. Mais en Ukraine, personne n’est en sécurité nulle part. »

Le 20 novembre 2023, cinq véhicules de MSF garés devant une clinique ont été détruits par l’intervention des forces israéliennes à Gaza. Crédit : MSF.

Près de 95 % des incidents répertoriés en 2023 concernent ces humanitaires nationaux. « Puisqu’elles et ils sont plus nombreux.euses et vivent sur place, elles et ils sont évidemment plus exposé.es. Mais celles et ceux qui occupent des postes qui sortent des bureaux, comme chauffeur.euse ou soignant.e dans différentes cliniques, le sont encore davantage », précise Julien Binet, responsable de la gestion du risque chez MSF. Les mouvements des équipes sont des moments particulièrement sensibles. Près de la moitié des faits répertoriés ont lieu lors de déplacements, 17 % dans l’espace public, 10 % à la maison. Afin de minimiser au maximum le danger pour le staff national, MSF mène des analyses de risques pour chaque zone où elle se déploie, et briefe son personnel en fonction. « Tout le monde, peu importe son statut, a un droit de retrait. Si une personne dit ‘‘stop’’, on va tout mettre en œuvre pour la sortir au plus vite de sa mission, explique Julien Binet. C’est une règle primordiale, mais qui a sa limite. Si je demande de quitter Haïti, l’organisation peut rapidement me trouver un avion. En revanche, la ou le résident.e de Port-au-Prince qu’on sort d’une mission, il lui sera demandé de rester à la maison. On n’a pas la capacité de lui donner un passeport pour l’Europe, encore moins à toute sa famille. Même si c’est arrivé à Gaza ou en Afghanistan… »

En juillet dernier, Sébastien Dechamps (Caritas) était lui en Ukraine où il a passé une semaine dans les mêmes bâtiments, exposés aux mêmes risques, que ses collègues de Kiev. Il était couvert par une solide assurance privée, payée par le boulot, alors que ses collègues n’avaient qu’une simple couverture sociale. « Les employé.es payé.es et envoyé.es par une grosse organisation – si possible occidentale et suffisamment riche – sont toujours mieux protégé.es », déplore-t-il. « C’est une injustice. Et c’est en partie à nous, les organisations, de la corriger en incluant plus systématiquement dans nos budgets des assurances privées pour le grand nombre. Mais nous n’avons pas non plus tous les leviers. On dépend également de la volonté des bailleurs, mais aussi de celles des compagnies de voyages et des assurances qui peuvent imposer des conditions. Et il y en a moins lorsqu’il s’agit de travailleurs belges. »

Fatigue et sacrifice

Particulièrement virulente, cette violence n’est toutefois pas nouvelle. Dès le début des années 2000, le secteur s’est inquiété des effets qu’elle pourrait avoir sur la santé mentale de ses employé.es. Une douzaine d’années plus tard, les plus grands organismes se sont familiarisés avec des notions telles que « staff care » (soin du personnel) ou « duty of care » (devoir de protection). Pour qu’aujourd’hui, la sécurité émotionnelle et psychologique des travailleur.euses figure parmi les objectifs de toute intervention. Et que de nouveaux termes émergent pour décrire les expériences qu’ils traversent depuis longtemps. « Dans l’humanitaire, comme dans d’autres professions, l’épuisement est le risque le plus fréquent. Mais au-delà des facteurs habituels comme les pressions du management, la charge de travail ou les échéances, ces professionnel.les évoluent dans des contextes sécuritaires tendus, portent la responsabilité de sauver des vies et sont confronté.es aux témoignages particulièrement lourds des bénéficiaires. Cette situation peut conduire, dans certains cas, à ce que l’on appelle désormais la ‘‘fatigue compassionnelle’’ », explique Cyril Cosar, psychologue clinicien dans le secteur humanitaire depuis 2006. « Evidemment, il est aussi parfois question de traumas, liés à une exposition directe à la menace et la violence, ou ce qu’on appelle le ‘‘trauma vicariant’’, plutôt par contamination émotionnelle à force de contacts répétés avec des personnes elles-mêmes traumatisées. »

S’occuper des autres n’empêche pas d’avoir une vie personnelle marquée par des décès, des maladies et des conflits qui peuvent surgir ou s’actualiser durant une mission. En fonction de son histoire, chaque membre du personnel court des risques différents. Par exemple, les collaborateur.rices nationaux sont bien plus souvent confronté.es à des contextes de violence, de guerre et de pauvreté au cours de leur vie. Ce qui, contrairement à une idée reçue, ne les rend pas plus résilient.es. « Plus on a de traumas, plus on risque d’en développer de nouveaux », recadre le psychologue français. En outre, dans certains pays moins développés, il n’est pas envisageable de renoncer à un salaire qui subvient aux besoins de toute une famille, donc de faillir. Plus globalement, le monde humanitaire lutte encore contre une certaine « culture du sacrifice ». Il n’est pas question ici de prendre des risques physiques, mais plutôt de taire son malheur. « Un.e expatrié.e peut penser que sa fatigue et ses émotions sont des problèmes de ‘‘petit privilégié.e occidental.e’’, bien moins graves que ceux des personnes qu’elle ou il a soignées la veille », illustre Cyril Cosar. Une sorte d’autocensure spontanée et naturelle qui peut être élargie à toute la profession, selon Achille Bapolisi Mwira, médecin psychiatre à l’Hôpital Provincial de Référence de Bukavu : « Les gens s’engagent parce qu’ils souhaitent faire partie de la solution et non du problème. Alors quand ils commencent à aller mal, ils peuvent le garder pour eux afin de ne pas compliquer encore plus la situation. C’est important de leur rappeler que leur premier instrument de soin, c’est leur propre personne, et qu’il faut la préserver. »

L’enjeu futur sera de démocratiser et généraliser les bonnes pratiques à l’ensemble de la profession, mais les plus grosses organisations proposent déjà un support psychologique aux membres de leur personnel, et parfois même à leur famille. Cela peut par exemple consister en l’organisation et le défraiement de consultations avec les psychologues engagé.es sur les missions, voire avec un service externe lorsque c’est compliqué de se livrer à des collègues. Ce n’est jamais une bonne nouvelle, mais quand le danger est trop prégnant, il arrive également que des services soient complètement arrêtés pour protéger la santé des équipes. Fin novembre 2023, MSF a dû fermer les portes de ses hôpitaux à Port-au-Prince (Haïti) jusqu’à nouvel ordre. « Nous avons été contraints de prendre cette décision parce que nous avons subi une succession d’atteintes à la sécurité extrêmement graves », justifiait d’une voix tremblante Sandra Lamarque, coordinatrice des opérations en Haïti. « Des patient.es ont été extrait.es de force de notre ambulance et exécuté.es. Notre personnel a été menacé de mort et de viol. C’est totalement intolérable et nous ne pouvons plus travailler dans ces conditions. »

Ces questions de santé mentale sont au cœur de l’initiative Protect Humanitarians. Créé en mars 2024 par le Belge Olivier Vandecasteele – qu’une longue détention arbitraire en Iran a sorti de l’anonymat souvent réservé à la profession –, ce projet vise à améliorer la protection et à mieux soutenir les humanitaires, les survivant.es d’attaques et leurs familles. Quand il rencontre Imagine, Olivier Vandecasteele clôture justement deux journées d’étude à Bruxelles afin de mieux appréhender les besoins spécifiques de ses collègues dans le champ de la santé mentale. Autour de la table se sont rassemblés des représentant.es les Nations Unies, du Comité international de la Croix-Rouge, ainsi que des travailleurs et chercheurs de Kiev, Paris, Bukavu, Gaza ou encore Liège. « L’idée était de créer un espace pour partager nos vécus en confiance et essayer de décloisonner des enjeux qui dépassent chacune de nos structures, comme ceux du soutien psychologique aux équipes et de l’exposition à la violence », nous explique l’humanitaire originaire de Tournai. « Les défenseur.euses des droits humains et les journalistes ont depuis longtemps des organes dédiés à la protection collective de leurs membres, mais pas nous. Pour l’instant, chacun gère ses blessé.es, ses mort.es et ses traumas. On aurait pourtant tout intérêt à échanger, mutualiser et collaborer. »

Une initiative plus que nécessaire, selon Anna Vovk, psychologue et chercheuse ukrainienne. Avec le Groupe de Protection des droits de l’Homme de Kharkiv, elle fournit un soutien psychologique aux travailleur.euses humanitaires et bénévoles ukrainien.nes. « Protect Humanitarians permet à notre secteur de rester attentif aux questions de santé mentale et de nous arrêter un instant pour rechercher des réponses collectives, apprécie-t-elle. Car sur des terrains aussi critiques que l’Ukraine, les demandes d’aide de la part de la population sont si nombreuses, que ce n’est pas toujours évident de se soucier de la santé des aidant.es. » Mila Leonova, à la tête de l’alliance d’organisations ukrainiennes confirme : « C’est seulement aujourd’hui, après trois années passées dans l’urgence, que nous commençons à nous préoccuper de notre santé. Les gens sont exténués, en état de mort cérébrale pour certains. »

Des responsables officiels

Ce qui effare aussi le secteur, c’est de constater que ce sont les Etats qui les prennent de plus en plus souvent pour cible. Alors qu’auparavant, les enjeux de sécurité étaient essentiellement liés à des groupes armés non officiels. Sur les trente-trois pays dans lesquels ont été recensées des violences envers des humanitaires en 2023, au moins dix ont connu des attaques perpétrées par un représentant étatique. Un chiffre certainement minimisé par la difficulté d’attribuer des auteur.rices aux actes de violences survenus au cours d’un conflit actif. Il est toutefois significatif que 57 % des décès recensés cette année-
là soient liés à des bombardements, une technique presque exclusivement utilisée par les armées.
« Des guerres comme à Gaza, au Soudan ou en Ukraine modifient complètement le paysage sécuritaire », explique Julien Binet (MSF). « Face aux frappes aériennes, on essaie d’entrer dans des logiques de ‘‘déconfliction’’ avec les belligérant.es. On négocie nos accès, on s’assure qu’elles et ils comprennent le sens de notre action et on notifie tous nos déplacements. Malgré cela, il y a encore beaucoup d’incidents. » Selon les Conventions de Genève, acte de naissance du Droit International Humanitaire (DIH), les Etats sont pourtant légalement tenus de respecter et protéger les civils et celles et ceux qui leur viennent en aide. « La situation à Gaza est épouvantable, blâme Sébastien Dechamps (Caritas). En trente ans, je n’ai jamais vu un Etat piétiner le droit international de manière aussi systématique. Plus rien ni personne n’y est en sécurité. »

« Le droit humanitaire est devenu si superficiel que nous ne pouvons plus nous reposer dessus pour assurer la protection de nos équipes. Penser l’inverse, ce serait nous mentir à nous-mêmes »
— Julien Binet, responsable de la gestion du risque chez MSF

Evidemment, le secteur n’apprend pas aujourd’hui que des autorités officielles peuvent bafouer le DIH. Tout le personnel de MSF se souvient douloureusement du bombardement de son hôpital à Kunduz (Afghanistan) par un avion de la coalition américaine en octobre 2015, sous Barack Obama. Néanmoins, nos interlocuteurs s’accordent à dire que le droit international humanitaire vit un tournant de son histoire. « Ce qui nous interpelle aujourd’hui, c’est notamment que les Etats occidentaux, y compris des membres du Conseil de sécurité de l’ONU, affaiblissent ce droit en maintenant un double standard entre l’Ukraine et Gaza », pointe Jean-François Corty (MDM). « C’est primordial que tout le monde essaie de le raviver, en le brandissant partout, et en exigeant qu’il soit respecté. Mais aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous reposer dessus pour assurer la protection de nos équipes. Il est devenu si superficiel, ce serait nous mentir à nous-mêmes », regrette Julien Binet (MSF).

Malgré les volées de rapports et de communiqués de presse pour dénoncer la violation inédite du droit humanitaire aux quatre coins du monde, l’impunité règne. « Malheureusement, il n’existe pas de tribunal dédié à la Convention de Genève, précise Olivier Vandecasteele. Alors tout le monde constate qu’on peut kidnapper un journaliste et l’utiliser comme monnaie d’échange, attaquer des convois et des ambulances, ou détruire à répétition des infrastructures civiles protégées par le droit international, sans jamais n’avoir à rendre compte à personne… » Avec Protect Humanitarians, le Belge aimerait renforcer l’accompagnement juridique de la profession. Par exemple, en coalisant des juristes autour de certains litiges stratégiques dont les verdicts pourraient soutenir l’ensemble du secteur. « On sait que toutes les organisations n’auront pas la capacité, le temps ni l’argent d’engager des poursuites après chaque violation des droits, mais pour certaines attaques où le responsable est identifié de manière incontestable, il me semble qu’il serait pertinent d’avoir un acteur externe capable de se tourner vers les tribunaux. »

« Tout le monde constate qu’on peut attaquer des convois humanitaires et des ambulances sans jamais n’avoir à rendre compte à personne… »
— Olivier Vandecasteele, Protect Humanitarians

Face au sentiment d’être « abandonné.es par ceux qui ont vraiment le pouvoir » partagé par certain.es, le monde humanitaire place effectivement ses espoirs dans la justice. « Les textes de droit existent. Ils sont assez complets et justes, à en croire les spécialistes. Il s’agit maintenant de les faire respecter », insiste Jean-François Corty. « Nous, on va continuer de les défendre, de soutenir les décisions du Conseil de sécurité des Nations Unies, de rappeler les recommandations du Conseil des droits de l’homme, de dénoncer les pressions sur la Cour pénale internationale et, surtout, de redire que le droit n’est pas un outil de domination, mais de justice. » Le combat sera long. A l’heure de boucler cet article, le ministère français des Affaires étrangères a laissé entendre que le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahou pourrait bénéficier d’une « immunité », en dépit du mandat d’arrêt émis contre lui par la Cour pénale internationale. — Par Vincent de Lannoy

Olivier Vandecasteele, Mila Leonova et Achille Bapolisi Mwira à Bruxelles, lors des journées d’étude de Protect Humanitarians. Crédit : Vincent de Lannoy
Protect Humanitarians

Durant vingt ans, Olivier Vandecasteele a répondu à des crises humanitaires dans des contextes difficiles, notamment en Afghanistan, au Mali, au Maroc et en Iran. Après avoir occupé le poste de « directeur pays » pour plusieurs ONG, il a été enlevé et détenu arbitrairement par les autorités iraniennes pendant 456 jours. « Comme le temps passait, et au vu des accusations qui étaient portées contre moi, j’ai assez vite compris que mon poste de chef de mission n’était plus une possibilité, raconte-t-il. Dans ces moments-là, pour éviter de sombrer, ça a été important de penser à ce que je pouvais faire après. J’ai compris assez vite que ça allait tourner autour du soutien des travailleurs humanitaires. »

Un an après avoir retrouvé sa liberté, soutenu par la Fondation Roi Baudouin, il dirige Protect Humanitarians, une initiative mondiale qui, grâce à un fonds d’urgence, souhaite apporter un soutien concret aux travailleur•euses humanitaires ainsi qu’à leurs familles, tout en liguant les différent•es acteur•rices du secteur autour de problématiques transversales comme la santé mentale et la justice. Dans toutes ses communications, Protect Humanitarians veille à replacer les travailleur•euses nationaux au centre des débats. « Ce sont les staffs nationaux qui sont en première ligne. C’est auprès d’eux qu’il y a le plus d’opportunités d’améliorer nos pratiques », insiste Olivier Vandecasteele. Après le panel sur les enjeux de santé mentale en octobre 2024, se prépare désormais un atelier sur l’assistance juridique du personnel humanitaire pour février 2025. Une jeune initiative saluée par tous et toutes les intervenant•es rencontré•es.

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