Un édito de Sarah Freres et Laure de Hesselle, co-rédactrices en cheffe d'Imagine demain le monde.
« En 2026, Imagine a trente ans »
En trois décennies d’information, nous avons vu le monde se transformer. Portés à notre naissance par la volonté de populariser et diffuser l’écologie politique, nous avons cru un instant être « dans le sens de l’histoire ».
Les évidences s’amassaient : oui, le dérèglement climatique comme l’érosion catastrophique de la biodiversité étaient causés par l’homme et réclamaient d’urgence des mesures à la hauteur des enjeux. Les impacts dramatiques, qui semblaient si lointains à la fin du 20e siècle, s’approchaient de plus en plus. Nous sommes nombreuses et nombreux à en avoir été persuadé·es : face aux désastres – aux inondations, aux incendies, aux récoltes ravagées, aux inégalités grandissantes et mortifères, aussi – nos sociétés et nos politiques ne pouvaient que réagir, agir pour le bien commun. La sidérante crise du Covid en ajoutait une couche : on allait voir ce qu’on allait voir, le monde d’après ne pouvait qu’être radicalement meilleur, la prise de conscience générale était en marche.
Il n’en a malheureusement rien été – ou en tout cas trop peu. Montée de l’extrême droite, menace autoritaire, recul environnemental et désinformation poussée par l’industrie fossile ou les masculinistes, guerre en Ukraine, à Gaza, crises humanitaires au Soudan, en RDC. Au moment de célébrer cet anniversaire, le tableau s’est assombri.
Et pourtant, depuis trente ans aussi, une musique persiste : il y en a toujours qui résistent, qui tentent de transformer le monde à leur échelle. Altermondialistes, Mouvements des places, Marches pour le climat… Portée par la GenZ, la dernière vague en date, de Madagascar à Rabat en passant par Katmandou et Sofia, veut renverser la table des vieux dirigeants corrompus, se réapproprier un avenir hypothéqué par les inégalités sociales et un capitalisme mondial de prédation. Si elles et ils ne sont pas les seul·es à y participer, les jeunesses en sont bien souvent un moteur essentiel. « Les jeunes agissent comme une sorte de miroir grossissant, détaille la sociologue Anne Muxel, qui reflète les changements intervenant dans les relations entre les citoyennes et citoyens ordinaires et les responsables politiques, mais également les changements dans la pratique politique. »
Pour entamer cette année d’anniversaire, Imagine a décidé d’aller, plus près de chez nous, rencontrer celles et ceux qui sont né·es au tournant de l’an deux mille. Car loin de l’image désenchantée et désengagée qu’on leur associe trop souvent, des jeunes prennent à bras le corps la réalité qui est la leur – la nôtre. Luttant à la fois contre l’éco- et la « facho-anxiété », solidaires des sans-papiers, révolté·es contre le génocide à Gaza, mobilisé·es pour une démocratie vivante, pour plus de justice sociale et environnementale, elles et ils montrent un courage et une volonté sans équivoque : notre système doit se transformer.
Certes, les moins de 30 ans ne sont pas tous et toutes engagé·es. D’aucun·es s’accommodent très bien de notre société de consommation, quand d’autres répondent aux sirènes de l’extrême droite, elle qui leur propose un monde, comme le décrit le sociologue Geoffrey Pleyers, « où il y a des gentils et des méchants, où l’on ne vous demande surtout pas de vous remettre en cause, particulièrement si vous êtes un mâle alpha ». Et puis il y a toutes celles et ceux qui ne savent pas ou ne peuvent pas, de par leur milieu social ou géographique, leur parcours éducatif, le hasard de leurs rencontres…
Mais ces jeunesses qui se bougent, qui croient encore aux partis démocratiques ou aux petites (et grandes !) révolutions, qui tentent de trouver leur chemin dans le monde qui leur est laissé, en cherchant d’autres façons de relationner, de militer, d’aimer, de s’organiser, de réclamer d’être écoutées, sont d’autant plus précieuses.
Pour nos trente ans, nous leur rendons hommage. Mais lançons aussi un appel à leurs aînés et leur aînées : ne leur laissons pas la responsabilité de révolutionner notre monde. Ce n’est qu’en nous alliant que nous pourrons remettre « le sens de l’histoire » dans la bonne direction.
– Sarah Freres et Laure de Hesselle, co-rédactrices en cheffe
P.S. : Bonne nouvelle, notre campagne de sauvetage est réussie ! Lancé au printemps dernier, notre appel à nouveaux et nouvelles abonné·es a porté ses fruits : vous êtes 2059 à nous avoir fait confiance. Merci ! Avec aujourd’hui plus de 4 100 abonné·es, Imagine peut aborder sa trentième année dans un élan réjouissant, à consolider en votre compagnie tout au long de 2026.
A vous aussi, bonne année !